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La préparation du cheval de sport avec Pénélope Leprévost et Michel Robert

Mots-clés
HABG15, harmonie cheval cavalier, améliorer la connexion avec le cheval, amélioration de la position, communication cheval-cavalier

Durant le Masterclass 2020, Pénélope Leprévost et Michel Robert ont répondu aux questions des auditeurs du stage. Une belle occasion pour tous les cavaliers de recueillir de précieux conseils en termes de préparation et de progression du cheval de compétition. On le constate une fois encore, Pénélope et Michel ont une vision du sport et de la performance indissociable du bien-être physique et mental du cheval.


Etablissez-vous des programmes hebdomadaires de travail précis pour vos chevaux ?

Michel Robert

Oui bien sûr. Si le cheval n’était pas en concours le week-end, le lundi, on commence par un travail sur le plat et quelques petites gymnastiques à l’obstacle. Le mardi, on saute un peu plus haut et le mercredi, on travaille sur un parcours. Je pense que 3 séances d’obstacles par semaine sont suffisantes. Le reste du temps, c’est du travail en extérieur, longe, travail sur le plat… On adapte en fonction des chevaux et des points à améliorer.

Pénélope Leprévost

D’ailleurs, si la séance d’obstacle est parfaite, on n’est pas obligé de recommencer le lendemain. On part en balade ou on fait autre chose. Idem si le cavalier ou le cheval ne sont pas très en forme, on se laisse bien sur la possibilité d’adapter le programme aux circonstances.
On cherche surtout à ce que le cheval progresse, même si cela doit prendre une, deux ou trois séances de plus.

 

Lorsque vous rencontrez des résistances chez un cheval, où fixez-vous les limites de ce que vous pouvez lui demander ?

Michel Robert

En préambule à cette question, il convient de rappeler, qu’à cheval, il est indispensable de savoir où on veut aller et à quelle vitesse. A partir du moment où les objectifs sont clairs dans notre tête, la communication devient plus claire avec le cheval. Ainsi, si mon cheval s’écarte de 50 cm de la ligne du milieu, je réagis immédiatement pour revenir sur le tracé. S’il va 2 km/h trop vite, je lui demande de revenir dans la vitesse que je souhaite. Par contre, quand il est dans le bon tracé et à la bonne vitesse, le cheval doit être dans le confort. Le problème est que la plupart du temps, le cheval n’a pas de zone de confort parce que le cavalier ne sait pas ce qu’il veut. C’est là où en vient à la question : à quel moment je peux demander plus et à quel moment je dois en demander moins. Si aucune limite n’est posée au départ, la compréhension du cheval est difficile à installer parce qu’au final, il ne trouve jamais vraiment où est sa zone de confort.

Il est donc indispensable de programmer clairement ce que l’on va faire. « Maintenant, on va marcher droit sur la ligne du milieu et s’arrêter à la lettre x ». Si le cheval reste sur le tracé et s’arrête en X, je le caresse. Là, le cheval se dit : » Au moins lui, il sait où il veut en venir ». Si on programme une pirouette au galop, on laisse le cheval dans sa zone de confort pendant la pirouette au galop. Idem au passage, au piaffer… même principe.
Bien sûr, il faut prendre en considération les capacités du cheval, ce qu’il a fait la veille, à quel stade il en est aujourd’hui…
On peut bien sûr essayer d’aller un peu plus loin, mais toujours en restant très prudent. Si on rencontre des problèmes, on revient au niveau de difficulté inférieur.


Pénélope Leprévost

Pénélope Leprévost et Michel Robert

Oui, il faut évidemment choisir l’exercice en fonction de ce que le cheval est capable de nous donner. Avec Ratina par exemple (voir l’article précédent), je ne lui ai jamais demandé un exercice du style : on part au petit trot et on s’arrête à la lettre X. J’ai accepté de faire des compromis, car je ne pense pas qu’elle aurait pu trouver sa zone de confort dans un exercice aussi exigeant pour elle. Il faut faire des exercices qui laissent une chance au cheval de trouver la solution. Si l’exercice est trop difficile, le cheval est dans l’échec et nous aussi. A la base, c’était notre choix qui n’était pas le bon. Il faut l’adapter au niveau du cheval.
Avec Ratina, réussir à faire un simple cercle au galop à gauche était déjà suffisant. C’était sa limite, il ne fallait pas être plus exigeant que cela. 


Michel Robert

Il faut savoir abandonner son objectif du moment si on se heurte à l’incompréhension ou une impossibilité physique ou mentale chez le cheval. Cela m’arrive très souvent. Si le jour où j’ai programmé de sauter un double un peu plus haut, je m’aperçois que mon cheval n’est pas en forme, je remets l’exercice à plus tard. C’est une question de sagesse. Si je n’arrive pas à faire tel exercice au galop, j’essaye au trot… je n’y arrive pas au trot… j’essaye au pas… Si votre cheval n’arrive pas à sauter 1 m… Redescendez l’obstacle à 50 cm… C’est une question de bon sens.
Et surtout, sachez considérer vos objectifs sur le long terme. Cherchez avant tout à répéter les bonnes expériences. Si à chaque fois que vous sautez 1 m, votre cheval s’arrête, vous ancrez de mauvaises expériences dans sa tête et aussi dans la vôtre.
On gagne du temps à analyser, observer… Surtout, évitons de mettre notre égo en jeu en voulant y arriver à tout prix.
Pour autant, il ne s’agit pas de renoncer tous les jours et pour tous les exercices. Il y a des cavaliers qui trouvent toujours des excuses pour ne pas faire tel ou telle exercice. Au final, ils ne progressent pas.
Quand je parle de programmation, je parle de programmation positive. Comme je le dis souvent : avant chaque exercice, le cavalier doit s’imaginer l’exercice réussi. Si le cavalier ne se sent pas capable, on diminue le niveau de difficulté jusqu’à ce qu’il se sente capable de réussir.

Comment gérez-vous les temps de repos de vos chevaux de concours ?

Michel Robert

Cela dépend de beaucoup de choses : de la condition du cheval, des objectifs, des propriétaires, de l’éleveur… En ce qui nous concerne quand nous sommes propriétaires de nos chevaux, nous leur laissons des périodes de repos sans compétition, 1 mois, 2 mois… si nécessaire. Certains sont arrêtés complétement, comme les jeunes chevaux. Ils peuvent rester 4 ou 5 mois au pré.
D’autres travaillent uniquement en longe ou en liberté. Même chez les grands cracks, ces temps de repos sont importants.

Pénélope Leprévost

Selon les chevaux, la remise en route peut être plus ou moins difficile. Certains vont se remettre au travail très facilement tant sur le plan mental que physique. Pour d’autres, il faut prendre quelques précautions, car ils peuvent rapidement se « défaire » dans leur physique. Des chevaux comme Vancouvert peuvent être mis au repos quelques temps, mais ils ont un physique à surveiller. Dans ces conditions, il est préférable de les garder un minimum en activité.
En ce moment, Vancouvert est en repos de compétition depuis Genève. Le but est qu’il reprenne tranquillement les concours en Espagne au Sunshine Tour et qu’il soit prêt pour La Baule. La première semaine, il était super relax et maintenant, il est vraiment très, très en forme... En fait, je dois quand même en faire plus que prévu, car c’est lui qui le réclame.
Une fois de plus, il faut savoir s’adapter à ce que les chevaux nous disent.

Vacouvert et Pénélope au Sunshine Tour 2019

Michel, vous avez une approche "éthologique" de l’équitation, avez-vous toujours fonctionné de cette façon ?

Michel Robert

Je suis né un peu comme ça. Mon père était médecin de campagne et visitait ses patients dans une petite voiture à cheval. Il avait déjà ce souci de respecter le bien-être des chevaux. Pour préserver leur bouche, il utilisait déjà un mors en cuir ou une simple muserolle.
Avec le temps, j’ai cherché moi aussi des solutions un peu différentes pour aller dans le sens du cheval. Il y a 20 ans à Aix la Chapelle quand je tournais Galet d’Auzay à la longe en licol, tout le monde me prenait pour un fou. Puis, comme j’ai terminé 3 ème du Grand Prix, ils se sont dit : « Ah, il n’est pas si fou que ça ».  Maintenant, c’est très courant de voir les cavaliers de haut niveau faire la même chose avec leurs chevaux. Nous sommes en pleine évolution. Je pense avoir un peu d’avance sur ce qu’il va falloir faire avec les chevaux dans l’avenir : comment les traiter, comment les rendre le plus heureux possible dans leur travail.
On peut voir qu’aujourd’hui de plus en plus de cavaliers sont dans cette même démarche de respect du cheval, attentifs à son bien-être et à son confort dans tout ce qu’il entreprend à nos côtés.