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Préparation mentale du cavalier et éthologie

Sommes-nous suffisamment conscients de nos pensées lorsque nous sommes au contact des chevaux ? Une question qu’il convient pourtant de se poser tant les chevaux dont dotés d’une incroyable capacité à décoder nos états émotionnels. Avec un cheval, difficile de tricher et de porter un masque. La peur, la colère, la joie… Rien ne lui échappe.
Le cheval nous révèle à nous-même : voici le sujet de la discussion entre Michel et nos trois spécialistes de la préparation mentale et physique du cavalier et du cheval.

VIDEO 1 : Premiére partie

 

VIDEO 2 : Deuxième partie

VIDEO 3 : Troisième partie


1. Présentation des intervenants

Michel Robert
Toujours à la recherche du bien-être du cheval et du cavalier, j’aime m’entourer de personnes compétentes en matière de préparation mentale. L’idée est de trouver les causes premières de nos faiblesses à cheval ou à pied. Aujourd’hui, je suis entouré de plusieurs intervenantes :

Véronique Chartroule
Je suis médecin urgentiste dans le Périgord, ostéopathe équins et humains, médecin du sport, psychothérapeute et hypno thérapeute. J’ai un bagage de cavalière de dressage, en attelage et équitation éthologique. (autre vidéo avec Véronique)

Margot
Je suis enseignante dans un centre équestre proche de Périgueux. J’ai également pratiqué l’endurance. J’ai fait la connaissance de Michel par le biais du site Horse Academy et des Masters class du Mans.

Véronique Bartin
Je suis cavalière de CSO et enseignante en équitation Alexander. J’utilise aussi la méthode Michel Robert. La méthode Alexander consiste à travailler sur les postures mentales et physiques du cavalier. L’idée étant d’apprendre à mieux se connaître pour mieux fonctionner avec son cheval, s’épanouir et trouver une certaine harmonie.

2.  La gestion des émotions

Michel Robert
Nous sommes sur terre pour progresser. J’imagine que si vous lisez et regarder cette vidéo, c’est que vous avez envie d’évoluer. En ce qui me concerne, je suis parti comme tout le monde avec tout un tas de problèmes. Je n’ai rien d’exceptionnel. Il a fallu que je prenne sur moi pour progresser. Et encore maintenant à plus de 70 ans, je sens que je progresse beaucoup. Je continue à me remettre en question. Je doute beaucoup. Et comme tout le monde, je rencontre des obstacles dans ma vie. Des choses difficiles qui m’incitent à me poser des questions. Pourquoi ça m’arrive à moi ?... Pourquoi cette chute ?... Pourquoi mon cheval a réagi comme cela ?... À chaque fois, je me dis que c’est bien fait pour moi. Je n’ai qu’à apprendre ma leçon.
Et aussi, à force de faire travailler des cavaliers de tout niveau, je me pose toujours la question de savoir pourquoi ils réagissent comme çi ou comme ça.
Le sujet du jour, c’est le cheval révélateur de nos faiblesses. On dit que le cheval est un miroir. Pourquoi lorsque nous sommes à cheval, nous heurtons encore plus à des difficultés ? A-t-on pris l’habitude de porter un masque, de nous cacher la vérité ?
Toi Véronique, tu travailles sur la communication non-violente que nous allons aborder dans mon futur livre consacré au mental du cavalier.

Véronique Bartin
La communication non-violente, c’est apprendre à s’écouter et à s’aimer. Mieux exprimer ce que l’on ressent et mieux exprimer nos besoins. Se poser des questions comme : « De quoi ai-je besoin pour faire cet exercice ? »… Ou « De quoi ai-je besoin pour faire plaisir à mon cheval ?... Ou pour aller en concours ? « Ce sont de bonnes questions que l’on doit se poser au fur et à mesure des difficultés que l’on rencontre.

Michel Robert
Oui, c’est se mettre en phase avec la réalité et savoir remettre en cause nos croyances pour trouver des solutions à nos problèmes.

Véronique Chartroule
J’aime bien ce que tu dis Michel. On est là pour s’améliorer et donc c’est normal de rencontrer des difficultés et parfois de se trouver nul. Mais finalement, c’est super de trouver des obstacles, car grâce à eux, on va se transcender et surmonter nos blessures émotionnelles. Lise Bourbeau a travaillé sur les 5 blessures de l’âme : le rejet, l’abandon, la trahison, l’humiliation et l’injustice auxquels nous devons tous plus ou moins faire face. Chacun peut être blessé par le sentiment d’abandon même si l’on n’a pas été abandonné par ses parents au vrai sens du terme. Cela peut en tout cas être un ressenti de petit-enfant. Imaginons un cavalier qui vient prendre un cours et que son moniteur arrive en retard. Il se sent comme abandonné, il s’énerve, il porte un masque qui le protège pour ne pas souffrir à nouveau. Sauf que le cheval voit la personne telle qu’elle est. Nous avons le droit d’avoir peur ou d’être en colère, mais nous n’avons pas le droit de le faire payer au cheval. C’est là qu’il faut faire une pause et entrer dans une communication non-violente vis-à-vis de nous-même. Analyser les problèmes au-delà de l’équitation. Le cheval est un révélateur. Ce qui est difficile, c’est que plus on est bon cavalier et compétiteur, plus on s’enferme dans son système de protection pour ne pas montrer nos faiblesses.
Chacun est libre d’avoir des émotions. C’est un droit d’avoir peur. Personne n’est infaillible et heureusement, car c’est grâce à cela que l’on progresse. Merci cheval de m’avoir refusé 50 fois cet obstacle ou cette épaule en dedans, car tu as bien senti que je n’étais pas présent dans ma tête et dans mon corps, mais empêtrer dans mes émotions. Dès qu’on prend conscience de notre état mental, on sent que le cheval souffle et se dit : « Ah, il a enfin compris ».
Michel Robert
Nous parlons souvent de la gestion des émotions et surtout de la peur à cheval dans mes livres et dans les vidéos de Horse Academy. Nous n’avons pas de potion magique à vendre pour apprendre à gérer nos émotions. Tout passe par la prise de conscience : à quel moment, j’ai peur et pourquoi ? J’ai des cavaliers qui montent très bien sur les verticaux, mais dès qu’ils abordent un oxer rien ne va plus. Pour d’autres, tout va bien dans les tournants à droite, mais dès qu’il faut tourner à gauche, ils sont incapables de rester sur leur tracé.
Bien sûr, tant que l’on a un cheval brave qui pardonne tout, on ne rend pas vraiment compte de tous ces problèmes. Par contre, plus on monte des chevaux délicats, plus ils vont être en défense contre le cavalier. Comme je le dis souvent : le cheval ne parle pas. Sa façon de nous dire ce qui ne va pas consiste à coucher les oreilles, fouailler de la queue, se bloquer, se cabrer et à la fin, rentrer tout seul à l’écurie. Avant d’en arriver là, il faut absolument tenir compte des premiers signaux d’incompréhension chez le cheval. Et bien sûr, si on a la tête ailleurs, c’est beaucoup plus difficile.

3. Rester dans l'instant présent

Véronique Bartin
Oui, il faut vraiment être dans le moment présent avec le cheval.
Ce qui est intéressant, c’est d’accueillir nos émotions. Reconnaitre la peur et ne pas la rejeter. Accepter pour analyser les raisons de cette peur permet de la surmonter.

Margot
Analyser pourquoi le cavalier a peur des oxers permet de dédramatiser la situation et de trouver une solution.

Véronique Bartin
Accepter d’avoir peur, est une attitude bienveillante vis-à-vis de soi-même. Je pense que c’est bien aussi pour le bien-être du cheval.

Michel Robert
On nous apprit à rejeter nos émotions. À mettre un masque comme on le disait tout à l’heure. Acceptons de voir la pensée négative arriver, mais laissons-la passer le temps de l’action, car à l’instant présent, elle ne nous rend pas service. Une fois que l’on a pris conscience de la peur, elle disparaît très vite. En revanche, si on lutte contre elle, on la renforce et on lui donne raison.
Véronique Chartroule
La vie est faite d’émotions. Si on monte à cheval, c’est pour avoir des émotions. Parce qu’on aime ça. Ce qu’il faut, c’est que notre mental soit aligné avec nos émotions. Si on a peur de quelque chose, d’un obstacle ou autre, on s’arrête et on analyse. « Ah oui, ça me rappelle ma chute de la dernière fois… ». Si on est capable de s’apercevoir que la situation est différente, la peur disparaît. Sinon mieux vaut s’abstenir.

Véronique Bartin
Il faut baisser le son de cette petite voix intérieure qui prend beaucoup de place dans notre tête. Il y a un temps pour tout. Il y a un temps pour écouter la petite voix, mais sûrement pas quand on est devant l’oxer. « De quoi ai-je besoin pour aller de l’autre côté de l’obstacle ? Surement pas de ma peur ! ».

Chez les professionnels et un peu chez les amateurs, je remarque cette exigence de perfection et cette recherche de toujours avoir la bonne sensation. Du coup, quand le cavalier se retrouve dans une situation un peu délicate, il se retrouve vite démuni. Pourtant, si on accepte de se retrouver dans la difficulté, l’inconfort dure moins longtemps.

4. Le droit à l'erreur

Margot
Finalement, il faut accepter le droit à l’erreur.
Ce n’est pas parce qu’on a fait une faute sur l’obstacle numéro 3 que cela doit polluer tout le reste du parcours.

Véronique Chartroule
Heureusement que l’on commet des erreurs. On ne s’en souvient pas, mais regardez quand on apprend à marcher. Le nombre de gamelles qu’on a pris ! Et finalement, on a fini par y arriver. Notre vie est comme cela. C’est apprendre à surmonter les échecs. Je vais me mettre debout, je vais marcher, je vais courir, je vais monter à cheval, je vais passer cet obstacle… Pas celui-là… Mais peut-être le prochain… C’est ça l’apprentissage. Merci à la gamelle de m’avoir appris ça.
S’aimer soi-même, ce n’est pas essayer de correspondre à la personne que l’on croit devoir être. Croire que l’on doit être parfait. Chacun doit se considérer comme un être merveilleux. S’aimer soi-même y compris quand on a peur, y compris quand on est en colère…

Véronique Bartin
Y compris quand on essaye de bien faire. Se dire si j’ai commis une petite erreur ce n’est pas grave. Apprendre de nos erreurs.

5. Ethologie et communication cheval/cavalier

Véronique Chartroule
Les chevaux sont dans l’immédiateté. Ils ont des émotions. A priori, ils n’intellectualisent pas l’émotion comme nous le faisons ici, mais ils peuvent être contents, avoir peur, être en colère… L’intérêt, c’est qu’ils sont capables de nous renvoyer une émotion dont nous n’avions pas forcément conscience.
Un cheval est une proie, l’homme est un prédateur. Si le prédateur a peur, c’est la panique pour la proie. Sans parler de tout ce que les chevaux sont capables de capter de nos hormones, de l’adrénaline et de la cortisone que l’on sécrète quand nous avons peur.
En tout cas, la seule manière d’accompagner une proie qui a peur, c’est d’être bien ancré et posé. C’est en tout cas ce qu’il faut faire pour rassurer un cheval qui a peur. Lorsqu’on travaille avec des animaux sauvages, on se rend bien compte de tout ce qu’ils sont capables de percevoir.
C’est vrai qu’il y a beaucoup de cavaliers qui ont peur de la réaction du cheval qui a peur. Et c’est l’engrenage.
Au contraire, rassurez votre cheval en lui faisant comprendre que vous, vous n’avez pas peur du bidet, du sous bassement ou du chien qui aboie.

Véronique Bartin
En préparation mentale, on utilise souvent le jeu des 3 chaises. Le cavalier s’assoit sur une première chaise et raconte son parcours tel que lui l’a vécu. Puis, il change de chaise et cette fois-ci, il doit raconter le parcours comme s’il était son cheval. La troisième chaise, il se place cette fois-ci dans la situation d’un spectateur qui décrit ce qu’il a vu. Ce jeu est très amusant et ouvre beaucoup de pistes de réflexion : « Ah oui mon cheval a pensé ça ?... «

Michel Robert
Ah oui, c’est un très bon jeu ! On devrait faire ça quand on sort de parcours !

Véronique Chartroule
Les chevaux sont des animaux intelligents. Les éthologues reconnaissent que le cheval possède le développement cognitif d’un enfant entre 3 et 6 ans. Ce qui est énorme. Le cognitif se rapporte au relationnel. Nous ne sommes pas assez conscients des liens que les chevaux sont capables de tisser avec les humains.

Michel Robert
Oui on ne se rend pas assez compte de la communication qui existe entre le cheval et l’humain. On ne sait pas comment expliquer scientifiquement comment se déplacent tous ensemble des bancs de poissons ou des oiseaux. Quels sont ces signaux invisibles et incompréhensibles pour nous.

Véronique Chartroule
On se rend compte de tout cela, notamment quand on travaille avec des personnes en situation de handicap. À un moment ou un autre, le cavalier se trouve confronté à son handicap. Il se dit, par exemple : « Je dérange mon cheval parce que mon côté droit ne fonctionne pas… Parce que je suis mal voyant… ». En fait, c’est le cavalier qui a un problème avec ça. Le fait de monter à cheval révèle la douleur émotionnelle du handicap. Pourtant dès que le cavalier lâche tout ça et se dit : « Tant je vais faire avec », on s’aperçoit que le cheval est parfaitement capable de composer avec le handicap. Et sans aucun problème. On voit que le cheval change. Une personne hémiplégique se dit : « Je n’arrive pas à faire tourner mon cheval à droite à cause de ma paralysie du côté droit ». En disant cela bien sûr, elle n’y arrive pas, car le cheval capte ce que pense son cavalier. En revanche, à partir du moment où le cavalier prend conscience du fait qu’il est limité et qu’il accepte sa limite, le cheval se met à tourner à droite très bien ! C’est impressionnant le nombre de fois où ce type de situation arrive. En fait, un cheval n’est pas gêné par le handicap physique, il est gêné par le blocage émotionnel du cavalier. Je travaille avec une personne mal voyante qui réussit des choses extraordinaires à cheval. Elle a tellement travaillé sur son handicap que c’est ok pour elle et c’est ok aussi pour le cheval. Et tout se passe bien.
Tous ceux qui se disent : « Je suis trop gros… trop petit… trop comme çi ou trop comme ça… Je n’y arriverai jamais… «. Ils sont persuadés qu’ils ne vont pas y arriver. Du coup, le cheval se dit la même chose. Et effectivement, ils n’y arrivent pas ! En revanche, quand on lâche tout ça et qu’on se dit : « Tant pis, je vais y arriver à ma manière ». À ce moment-là, le cheval se dit « Ah ok, tu as enfin lâché, alors on y va ! ».

6. Le lâcher-prise

Véronique Bartin
Oui, c’est le lâcher-prise. C’est là où tu es fort Michel. Faire de la haute compétition et intégrer tout cela, c’est compliqué. Tu maitrises bien cette limite entre vouloir être sur le podium et le laisser-faire.

Michel Robert
Oui, c’est quelque chose qui se travaille. Bien sûr par l’expérience et beaucoup par l’observation. Comment est mon cheval à cet instant. Mon cheval est chaud… ou raide à droite… ou planter au paddock…
Des situations que j’ai vécues de nombreuses fois. Je suis en coupe des nations. Tout le monde compte sur toi… Et avant d’entrée en piste… C’est comme si tu n’avais plus de cheval. Quand ça m’arrive, je commence par être l’observateur de la situation. En tout cas, ça ne sert à rien de se plaindre et de chercher la solution ailleurs. Je dois rentrer en piste pour représenter la France. C’est là où il faut changer tout son processus mental et se dire qu’on n’a pas le choix, qu’il faut faire avec ce que l’on a. C’est ce que j’ai fait toute ma vie. Comme le cavalier en situation de handicap qui finalement fait avec ce qu’il a. Tous les champions ont déjà réussi à faire des performances avec des chevaux qui n’en étaient sans doute pas capables.
Ce qui est important, c’est d’y croire. D’abord, observer ce qui se passe, ça calme les émotions. J’ai mon physique, mon cheval. Ensuite, quand on n’a pas le choix, on y va. Même quand ça paraissait impossible. Devant un obstacle, on a le choix entre baisser les bras et se dire qu’on va y arriver. Et finalement, on y arrive. Sans faire n’importe quoi avec son cheval bien sûr, il y a un petit grain de folie qui est nécessaire pour passer au-dessus de ce mental qui vous donne toutes les excuses du monde pour ne pas y aller.
C’est sûr qu’il faut déjà savoir ce que l’on veut faire. Quand on est vraiment déterminé, toutes les énergies se mettent en place pour que tout se passe bien.
Regardez dans la nature, ça pousse tout seul. Les plantes n’ont pas de pensées négatives.

Véronique Chartroule
Ça nous renvoie au 100% responsable. Je suis entièrement responsable de moi. Si mon cheval ne va pas bien, je suis 100% responsable. Il ne s’agit pas de culpabilité, il s’agit d’être soi-même. D’être présent à soi.

Véronique Bartin
C’est qu’on appelle le flow ou le mental optimal dans le sport de haut niveau. On dépasse toutes les émotions. On ne se pose plus de questions existentielles. On est complétement dans la réalisation de l’objectif.

Miche Robert
En fait, c’est simple, mais ce n’est pas facile !

Véronique Chartroule
Merveilleusement complexe !